{"id":2578,"date":"2021-09-29T21:04:44","date_gmt":"2021-09-29T19:04:44","guid":{"rendered":"https:\/\/theammaempire.com\/?page_id=2578"},"modified":"2022-07-04T18:44:23","modified_gmt":"2022-07-04T16:44:23","slug":"extraits-bio","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/theammaempire.com\/fr\/extraits-fr\/extraits-bio\/","title":{"rendered":"Extraits &#8211; Bio"},"content":{"rendered":"<div class=\"nolwrap\"><p>[et_pb_section fb_built=\u00a0\u00bb1&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_row _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_image src=\u00a0\u00bbhttps:\/\/theammaempire.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/BANDO-PAGE-EXTR.jpg\u00a0\u00bb title_text=\u00a0\u00bbBANDO-PAGE-EXTR\u00a0\u00bb _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_image][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section][et_pb_section fb_built=\u00a0\u00bb1&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb background_color=\u00a0\u00bbrgba(95,99,102,0.14)\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_row _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb4.16&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb]<strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/theammaempire.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/bio1a-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" alt=\"\" class=\"wp-image-1805 alignleft size-thumbnail\">Relecture critique de la biograhie<br \/>\n<span style=\"font-family: 'Roboto Condensed'; font-weight: normal;\">Version PDF dans la page d&rsquo;archives<br \/>\n<\/span><\/strong><strong><span style=\"font-family: 'Roboto Condensed'; font-weight: normal;\">Extraits<\/span><\/strong><\/p>\n<blockquote><p><em>Il est important de comprendre sur quelle fondation repose l&rsquo;ensemble : le personnage, le message, l&rsquo;organisation, la mission et si et quand il y a glissement ou superposition ou encore flou entre r\u00e9alit\u00e9 et mythe. J&rsquo;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab\u00a0lire\u00a0\u00bb la biographie. En effet, \u00e9tant venu \u00e0 Amma au printemps 1979, puis \u00e9tant parti r\u00e9pandre la bonne parole en Europe en hiver 1984, je ne fais pas partie de ceux qui vinrent \u00e0 elle, qui construisirent leur foi ou rest\u00e8rent \u00e0 cause de son histoire, \u00e0 cause d&rsquo;un livre \u2013 celui-ci \u00e9tant paru en anglais quatre ans apr\u00e8s mon d\u00e9part en Europe. En r\u00e9trospective, je dois avouer que je suis assez troubl\u00e9 par ce que j&rsquo;ai enfin lu mais que je comprends mieux l&rsquo;origine des d\u00e9rives du mouvement. C&rsquo;est cette (re)lecture et interpr\u00e9tation que je vais tenter d&rsquo;exprimer ici en suivant le texte ligne par ligne. Aucun fait ou incident n&rsquo;y a \u00e9t\u00e9 rajout\u00e9.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><span>La version originale fut r\u00e9dig\u00e9e par Prof. M. Ramakrishnan Nair en malayalam en 1986. Elle fut presque int\u00e9gralement racont\u00e9e par A., enregistr\u00e9e sur cassettes et retranscrite. La premi\u00e8re version anglaise, r\u00e9dig\u00e9e par Balu fut majoritairement inspir\u00e9e de l&rsquo;original et parut deux ans plus tard en 1988. Il faut savoir que la biographie a subi de nombreuses modifications successives en fonction des besoins politiques de l&rsquo;organisation \u2013 eh oui, comme les puissants qui r\u00e9\u00e9crivent l&rsquo;histoire. En effet, apr\u00e8s mon d\u00e9part en 1993, je fus \u00e9limin\u00e9 des versions successives, puis r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 de mani\u00e8re minimaliste et d\u00e9sobligeante. Gail dut subir les m\u00eames vicissitudes apr\u00e8s son d\u00e9part en 1999 et surtout apr\u00e8s la publication de son livre en 2013. Puis visiblement, \u00e0 en croire les rumeurs, dans l&rsquo;\u00e9dition 2012, la m\u00eame chose est survenue pour Chandru, Pai, moi-m\u00eame (Ganga) et Manju, dans laquelle nous f\u00fbmes compl\u00e8tement effac\u00e9s. La version \u00e0 ma disposition \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris est de 2011. J&rsquo;y figure encore de mani\u00e8re minimaliste. Mais surtout pas en tant que son ex-repr\u00e9sentant europ\u00e9en, celui ayant fond\u00e9 sa mission en Europe, ayant anim\u00e9 ses satsangs parcourant \u00e0 cette fin jusqu&rsquo;\u00e0 10 000 km par mois, l&rsquo;organisateur de ses tourn\u00e9es europ\u00e9ennes jusqu&rsquo;en 1993, le fondateur et animateur de son premier centre europ\u00e9en \u00e0 la fronti\u00e8re franco-helvetico-allemande, son traducteur-interpr\u00e8te et son chauffeur (entre les diverses villes d&rsquo;Europe quand elle ne prenait pas l&rsquo;avion) lors de ses visites. Si une telle omission n&rsquo;\u00e9tait pas ridicule, ce serait dr\u00f4le !<\/span><\/p>\n<p><span>Un article de presse fut publi\u00e9 dans le journal \u00ab\u00a0Madhyamam\u00a0\u00bb le 13 avril 2014 concernant entre autres ces changements comprenant une interview du professeur biographe. Celui-ci s&rsquo;exprima en disant qu&rsquo;<em>\u00ab\u00a0une biographie <\/em>(d&rsquo;A.)<em> sans Gayatri n&rsquo;aurait aucun sens\u00a0\u00bb<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><span>Avant de commencer cette analyse, j&rsquo;aimerais d&rsquo;ailleurs reprendre ce qu&rsquo;A. elle-m\u00eame avait dit de Gayatri dans la version originale. Le professeur, tout premier biographe, affirme que ces citations lui ont \u00e9t\u00e9 dict\u00e9es textuellement :<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><em><span>\u00ab\u00a0A. pr\u00e9dit <\/span><\/em><span>(\u00e0 Chandru)<em> que la personne qui allait prendre soin d&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 Tiruvannamala\u00ef.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/li>\n<li><em><span>\u00ab\u00a0Gayatri demanda \u00e0 A. la permission de vivre avec elle. A. r\u00e9pondit que nous mourrons ensemble.\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/li>\n<li><em><span>\u00ab\u00a0Une personne comme Gayatri ne vient qu&rsquo;une fois par mill\u00e9naire. Elle n&rsquo;a pas besoin de m\u00e9diter. Elle atteindra son but <\/span><\/em><span>(spirituel)<em>\u00ab\u00a0.<\/em><\/span><\/li>\n<li><em><span>\u00ab\u00a0Elle est une sannyasini <\/span><\/em><span>(nonne)<em> parfaite\u00a0\u00bb.<\/em><\/span><\/li>\n<li><em><span>\u00ab\u00a0Son esprit est toujours fix\u00e9 sur A.. Gayatri sait ce qu&rsquo;A. pense.\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/li>\n<li><em><span>\u00ab\u00a0A. a 1000 langues pour parler de Gayatri\u00a0\u00bb <\/span><\/em><span>(traduction : ne tarit pas d&rsquo;\u00e9loges)<em>.<\/em><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span>D&#8217;embl\u00e9e, disons-le sans ambages, cette biographie, est un concentr\u00e9 effarant de bondieuseries indigestes dans lequel l&rsquo;usage d&rsquo;exag\u00e9ration, d&#8217;emphase, de d\u00e9mesure et de surench\u00e8re rend non seulement le r\u00e9cit difficile \u00e0 lire, je dirai presque \u00e0 avaler, mais justement aussi difficile \u00e0 croire. Le biographe y mart\u00e8le inexorablement un narratif au prix de la coh\u00e9rence parfois. Mais comme on le verra, gr\u00e2ce au cocktail de croyance et de d\u00e9votion, tout est possible. D\u00e8s la pr\u00e9face, l&rsquo;auteur avertit que le grand ma\u00eetre, la mystique fut n\u00e9e en pleine conscience. Sur cette base, il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 lire, sinon pour s&rsquo;en convaincre. La pr\u00e9face sp\u00e9cifie textuellement d&#8217;embl\u00e9e qu&rsquo;<em>\u00ab\u00a0elle s&rsquo;adonna \u00e0 ou manifesta (nous ne savons lequel des deux) une asc\u00e8se rigoureuse\u00a0\u00bb (\u2026) \u00ab\u00a0sans \u00eatre guid\u00e9e par un gourou\u00a0\u00bb<\/em> (\u2026) [et qu&rsquo;]<em>\u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 21 ans, elle manifesta son \u00e9tat de r\u00e9alisation de dieu\u00a0\u00bb<\/em>. <\/span><\/p>\n<p><span>Pour ceux qui se rendent \u00e0 l&rsquo;ashram aujourd&rsquo;hui, s&rsquo;imaginer comment le village de p\u00eacheurs \u00e9tait en 1978 et avant, demandera un effort insurmontable d&rsquo;imagination tellement il est envahi et d\u00e9natur\u00e9 par les b\u00e2timents et gratte-ciels. Disons, qu&rsquo;il \u00e9tait sombre (sous le dense feuillage de la cocoteraie), crasseux et mis\u00e9rable. Les maisons, quand elles \u00e9taient en dur, \u00e9taient primitives. Les pauvres vivaient dans des cahuttes de feuilles de palmier tress\u00e9es. Les chemins non am\u00e9nag\u00e9s \u00e9taient \u00e9troits et boueux. L&rsquo;auteur, pour sa part (et l\u00e0 je me r\u00e9f\u00e8re dor\u00e9navant \u00e0 la version anglaise), le d\u00e9crit comme ayant de la saintet\u00e9 et de la grandeur (sanctity and greatness). Il se base sur une l\u00e9gende qu&rsquo;il raconte sur quatre pages et termine en disant : <em>\u00ab\u00a0N&rsquo;est-il pas \u00e9tonnant que ce lieu sacr\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 nouveau au centre d&rsquo;un nouveau drame divin ?\u00a0\u00bb <\/em><\/span><\/p>\n<p><span>Il pr\u00e9sente la famille comme pieuse, d\u00e9vote et juste \u2014 nous verrons ce qu&rsquo;il en est r\u00e9ellement plus tard \u2014 et indique que de nombreuses \u00e2mes pieuses furent n\u00e9es en son sein. Pour montrer \u00e0 quel point son p\u00e8re fut pieux, il pr\u00e9cise que, du fait de son identification \u00e0 dieu, il s&rsquo;\u00e9vanouit sur sc\u00e8ne lors d&rsquo;une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. La m\u00e8re a aussi droit \u00e0 son titre de noblesse : les locaux l&rsquo;appelaient <em>la brahmane<\/em> tant elle \u00e9tait pieuse. Il parait d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;au moment o\u00f9 elle rompait ses je\u00fbnes r\u00e9guliers, les cocotiers faisaient tomber des noix \u00e0 boire pour la d\u00e9salt\u00e9rer. Magique ! Dans le plus pur style kitsch bollywoodien, il fait appara\u00eetre un moine au hasard, surgissant et quittant les lieux dans un rire tonitruant, pour pr\u00e9dire que de nombreux moines atteindront la lib\u00e9ration \u00e0 cet endroit qui deviendra un lieu saint, de nombreux asc\u00e8tes (sous forme subtiles ?) y m\u00e9ditant d\u00e9j\u00e0 et de nombreux mahatmas y ayant \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s. <\/span><\/p>\n<p><span>Le cadre \u00e9tant pos\u00e9, l&rsquo;enfant put faire son apparition. Les parents eurent des visions pendant la grossesse de sa m\u00e8re, qui, de surcro\u00eet, r\u00eava qu&rsquo;elle allait donner naissance \u00e0 K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. Sudhamani serait donc n\u00e9e bleu-gris-fonc\u00e9 (comme K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, couleur des nuages avant l&rsquo;orage), ce qui \u00e9tait surprenant vu la couleur de peau claire du reste de la famille. (Je partagerai ma th\u00e9orie sur la question plus tard.) Ils crurent \u00e0 une maladie et on leur conseilla de ne pas la laver pendant six mois. Euh\u2026, y a-t-il un m\u00e9decin \u00e0 bord ? Vous imaginez un b\u00e9b\u00e9 non lav\u00e9 pendant 180 jours ? (K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a ou maladie ? Visiblement ils n&rsquo;\u00e9taient pas s\u00fbrs et ce doute va \u00e9mailler l&rsquo;histoire tout du long.) Bref, les parents ne ressentirent que de l&rsquo;aversion pour cet enfant qu&rsquo;ils n\u00e9glig\u00e8rent \u00e0 cause de sa couleur de peau. Donc pieux et justes, peut-\u00eatre, mais pas sp\u00e9cialement finauds ni empathiques. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, Sudhamani se mit \u00e0 marcher d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre \u00e0 six mois, sans passer par l&rsquo;apprentissage maladroit du commun des mortels, et commen\u00e7a \u00e0 parler par la m\u00eame occasion. A 2 ans elle r\u00e9citait des pri\u00e8res, \u00e0 4, elle chantait, et \u00e0 5, avec d&rsquo;autant plus de ferveur d\u00e9votionnelle pour le dieu K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a qu&rsquo;elle \u00e9tait souvent absorb\u00e9e et absente. Premiers soup\u00e7ons de troubles psychologiques de la part des parents qui, rappelons-le, n\u00e9gligeaient l&rsquo;enfant \u00e0 l&rsquo;encontre de qui ils ressentaient de l&rsquo;aversion. Dans la foul\u00e9e, pour faire de la place dans la maison, ils am\u00e9nag\u00e8rent une petit chambre contre l&rsquo;\u00e9table, et l&rsquo;y install\u00e8rent. Belle initiative pour une gamine de 6 ans qu&rsquo;on n&rsquo;aime pas, qui se d\u00e9connecte et qu&rsquo;on est d\u00e9j\u00e0 en train de perdre. Sa m\u00e8re et son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 sont contre elle \u00e0 cause de son comportement excentrique. D&rsquo;ailleurs, \u00e0 7 ans, on note que ses absences se font plus fr\u00e9quentes et plus intenses. Un jour, sa m\u00e8re la voit danser \u00ab\u00a0dans la f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb mais trouve qu&rsquo;elle pourrait b\u00e9n\u00e9ficier de cours de danse. Elle a tout pig\u00e9. Le biographe, lui, la fait nager dans l&rsquo;Oc\u00e9an d&rsquo;Amour et de F\u00e9licit\u00e9 Pures, tout en majuscules. Ce n&rsquo;est pourtant pas l&rsquo;avis des villageois qui remarquent qu&rsquo;elle est constamment en larmes. <\/span><\/p>\n<p><span>Son p\u00e8re, ind\u00e9crottable ins\u00e9minateur, continuait d&rsquo;engrosser sa femme alors qu&rsquo;elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat. Effectivement, alors qu&rsquo;au bout de six enfants, elle n&rsquo;\u00e9tait plus capable de s&rsquo;occuper de la maison, il lui en infligea encore sept autres. Treize grossesses en tout dont cinq d\u00e9c\u00e8s. Elle eut apr\u00e8s Sudhamani qui fut la troisi\u00e8me plus a\u00een\u00e9e des enfants en vie, encore cinq grossesses dont les enfants surv\u00e9curent. C&rsquo;est important de le pr\u00e9ciser pour le contexte qui va suivre. Pieux et juste jusqu&rsquo;au bout des ongles, le bonhomme. De ce fait, l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res incomb\u00e8rent \u00e0 Sudhamani, soi-disant consid\u00e9r\u00e9e comme la servante de la famille. Vu comme elle fut trait\u00e9e, je trouverais \u00ab\u00a0esclave\u00a0\u00bb plus appropri\u00e9 \u2014 dans la mesure o\u00f9 les faits relat\u00e9s sont vrais. La gamine d\u00fb interrompre son \u00e9ducation \u00e0 dix ans, environ au CM1, car elle trimait de 3h du matin \u00e0 23 heures. A cet \u00e2ge-l\u00e0, quatre heures de sommeil quand on s&rsquo;est \u00e9puis\u00e9 au travail les vingt heures restantes, sont criminellement insuffisantes : impossible de se d\u00e9velopper sainement, physiquement, \u00e9motionnellement et psychiquement \u00e0 ce r\u00e9gime-l\u00e0, avec ou sans dieu. M\u00eame invalide, il restait \u00e0 sa m\u00e8re suffisamment d&rsquo;\u00e9nergie pour la brimer de mani\u00e8re vicieuse. Elle la terrorisait et la punissait pour les erreurs les plus minimes, la pers\u00e9cutait et la torturait cruellement (dans le texte) \u2013 rappelons-nous, elle aussi, pieuse et juste. Que sa fille chaparde pour nourrir les mis\u00e9reux la mettait hors d&rsquo;elle. Mais le pire restait ce teint fonc\u00e9 : insurmontable et la base de son aversion. En cons\u00e9quence, Sudhamani lui disait : <em>\u00ab\u00a0Je ne suis pas ta fille mais ta belle-fille !\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e0 dix ans\u2026 En fait, l&rsquo;enfant se mis \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;oc\u00e9an comme sa vraie m\u00e8re et se r\u00e9fugia dans la folie, pardon, la d\u00e9votion. On apprend que sa d\u00e9votion <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9levait au summum de la divinit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. Personnellement je ne sais pas ce que cela signifie, mais le biographe a l&rsquo;air de s&rsquo;y retrouver. Malheureusement, la croyance, par principe, ne reconnait pas de limite au-del\u00e0 de laquelle commence l&rsquo;invraisemblable et le d\u00e9raisonnable, donc pour les fid\u00e8les convaincus d&rsquo;avance, tout est possible.<\/span><\/p>\n<p><span>Ensuite, elle alla travailler chez sa tante pendant plusieurs ann\u00e9es. De ce fait, notre grande malade tortionnaire dut se d\u00e9brouiller toute seule et, visiblement, s&rsquo;en sortit quand m\u00eame. Mais cela ne fait pas sourciller le biographe. Quand sa tante la bat, Sudhamani n&rsquo;est pas \u00e9mue parce que, n&rsquo;ayant rien connu d&rsquo;autre, elle consid\u00e8re que c&rsquo;est un comportement normal. Par contre, sa vision du monde est naturellement particuli\u00e8rement n\u00e9gative : <em>\u00ab\u00a0le monde est rempli de souffrance et les relations n&rsquo;ont de base que les besoins \u00e9go\u00efstes\u00a0\u00bb<\/em>. C&rsquo;est devenu le fondement de la philosophie de rejet du monde qu&rsquo;elle formula plus tard. En attendant, au moins deux fois par page, elle pleure, sanglote, crie, appelle quand elle ne chante pas, ne souffre pas l&rsquo;agonie de la s\u00e9paration de son dieu K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. Au bout de 4 ans, elle en a assez d&rsquo;\u00eatre la servante maltrait\u00e9e chez sa tante et retourne, \u00e0 16 ans, chez sa m\u00e8re y retrouver son statut d&rsquo;esclave pers\u00e9cut\u00e9e. Et si c&rsquo;\u00e9tait encore possible, cette derni\u00e8re est effectivement devenue encore plus col\u00e9rique et cruelle. Charmant exemple au hasard : elle l&rsquo;\u00e9piait, et si elle l&rsquo;attrapait bavarder avec les filles voisines quand elle coupait l&rsquo;herbe, elle l&rsquo;attendait pour la battre avec le pilon du mortier pour piler le riz (imaginez une batte de baseball, en plus grand et plus lourd). Quand elle ne pouvait pas la battre, comme parfois \u00e9galement avec la machette (euh\u2026, machette ?), elle lui donnait des coups de pied, et quand sa fille l&rsquo;esquivait et lui attrapait les mains, elle la mordait \u2013 comportement que Sudhamani r\u00e9p\u00e8tera avec Gail, son assistance personnelle. Tout ceci ponctu\u00e9 d&rsquo;injures vulgaires et de mal\u00e9dictions de mort (dans le texte) \u2013 pieuse et juste toujours, donc. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, l&rsquo;auteur lui trouve des excuses et explique son comportement en pr\u00e9cisant la nature de sa d\u00e9votion : ignorante et formelle. De son c\u00f4t\u00e9, Sudhamani pr\u00e9cise qu&rsquo;elle consid\u00e9ra sa m\u00e8re comme son gourou. Pour quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;en n&rsquo;a pas eu (d&rsquo;autre), cela fait s\u00e9rieusement r\u00e9fl\u00e9chir : cette enfant pers\u00e9cut\u00e9e et tortur\u00e9e de mani\u00e8re ignoble et criminelle, n&rsquo;a connu comme seul gourou que cette femme violente, cruelle, hyst\u00e9rique et tortionnaire, reniant et maudissant sa propre fille \u00e0 cause de sa couleur de peau. Sudhamani t\u00e9moigne elle-m\u00eame que sa m\u00e8re lui a enseign\u00e9 <em>\u00ab\u00a0le soin, la d\u00e9votion et la discipline\u00a0\u00bb<\/em>. Ni elle ni son biographe ne voient l&rsquo;incoh\u00e9rence. Elle d\u00e9crit une m\u00e8re qui n\u00e9glige, rejette et pers\u00e9cute son enfant pour sa couleur de peau comme soigneuse et attentive, pendant que son biographe d\u00e9crit sa d\u00e9votion comme ignorante et formelle. En tous cas cette reconnaissance de Sudhamani pour les qualit\u00e9s de son unique \u00ab\u00a0gourou\u00a0\u00bb ne peut pr\u00e9sager rien de bon pour la suite de son r\u00f4le en tant que gourou et le destin de ses futurs disciples. L&rsquo;enfant disait [pr\u00e9tendait] <em>\u00ab\u00a0je n&rsquo;ai jamais vu mes vrais parents\u00a0\u00bb<\/em>. Au village, toujours \u00e0 cause de sa couleur, on blaguait qu&rsquo;elle avait d\u00fb \u00eatre achet\u00e9e contre un peu de son de riz (fa\u00e7on de dire qu&rsquo;elle ne valait rien, qu&rsquo;elle \u00e9tait donc n\u00e9glig\u00e9e et ignor\u00e9e).<\/span><\/p>\n<p><span>Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Subhagan, digne fils de sa m\u00e8re, la maltraitait et la battait \u00e9galement fr\u00e9quemment pour des pr\u00e9textes futiles. Quand elle visitait les maisons des voisins, elle se rendit compte \u00e0 quel point les anciens \u00e9taient abandonn\u00e9s et n\u00e9glig\u00e9s et se convainc de la fugacit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme foncier des relations humaines. Quand elle chaparda un bracelet en or pour nourrir une famille au bord de la famine, son p\u00e8re l&rsquo;attacha \u00e0 un arbre et la battit au sang. A c\u00f4t\u00e9 de sa femme et de son fils, il pouvait se vanter de maintenir le d\u00e9shonneur de cette famille innommable. On comprend ais\u00e9ment pourquoi le biographe indique qu&rsquo;elle perdait de plus en plus le contact avec la r\u00e9alit\u00e9, devenait de plus en plus d\u00e9connect\u00e9e. La simple pens\u00e9e de R\u0101dh\u0101 (la compagne de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a) la transportait en extase. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 elle se souvenait de ses dieux pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, de l&rsquo;autre elle s&rsquo;identifiait \u00e0 eux. Il lui fut de plus en plus difficile d&rsquo;accomplir son travail, alors que ses l\u00e8vres murmuraient constamment leurs noms sacr\u00e9s. Ses parents lui interdirent de chanter et prier la nuit apr\u00e8s son travail et la consid\u00e9raient de plus en plus folle. Elle ne se confia jamais \u00e0 un adulte. Ne trouvant pas de validation aupr\u00e8s d&rsquo;eux, elle se tourna vers les animaux et la nature et se mit \u00e0 leur parler. <\/span><\/p>\n<p><span>Elle dut se battre avec sa m\u00e8re pour lui faire admettre qu&rsquo;elle prenne des cours de couture \u00e0 la paroisse du coin et r\u00e9ussi \u00e0 les suivre pendant trois ans. Elle se rendait au cimeti\u00e8re adjacent pour faire sa broderie et profiter de la compagnie des d\u00e9funts. Quand elle y m\u00e9ditait, elle entrait en extase, comme quand elle entendait les histoires de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. Elle ne dormait pas et passait ses nuits \u00e0 pleurer et sangloter. Ses parents tent\u00e8rent de la marier plusieurs fois mais elle s&rsquo;y opposa vigoureusement, promettant m\u00eame une fois que s&rsquo;ils parvenaient \u00e0 leurs fins, elle tuerait son mari et reviendrait \u00e0 la maison, ce qui lui valut d&rsquo;\u00eatre encore plus maltrait\u00e9e. Ne supportant plus cette situation elle d\u00e9cida de se suicider en se jetant \u00e0 la mer. Ils \u00e9taient convaincus qu&rsquo;elle avait des troubles psychologiques. Les rares occasions o\u00f9 elle re\u00e7ut un v\u00eatement bariol\u00e9 ou porta la veste en soie de sa s\u0153ur, on les lui br\u00fbla non sans l&rsquo;insulter. En cons\u00e9quence, elle ne s&rsquo;habilla plus que de vieilles fripes us\u00e9es et rejet\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span>Si l&rsquo;on en croit le narratif, il est clair qu&rsquo;ayant continuellement souffert depuis un \u00e2ge si tendre, sans amour, sans affection, sans validation, en \u00e9tant constamment exploit\u00e9e, abus\u00e9e, battue, terroris\u00e9e, insult\u00e9e, maudite d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, elle se construisit son propre monde de r\u00e9f\u00e9rences et de validations, tout en rejetant en bloc celui des adultes. Elle se tourna donc vers K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a et sa d\u00e9votion pris la place de l&rsquo;amour humain, sain et naturel. Mais elle n&rsquo;en sortit pas indemne, comme on verra plus tard, ce qui n&rsquo;est pas surprenant. Un tel mauvais traitement syst\u00e9matique et prolong\u00e9 d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge ne pouvait que donner place \u00e0 une ou plusieurs formes de psychose. Or le biographe fait tout pour faire appara\u00eetre ces d\u00e9s\u00e9quilibres et fractures psychiques profondes en \u00e9volution spirituelle, ascension mystique et sainte folie. Il parle plusieurs fois d&rsquo;<em>aberrations mentales<\/em>. Il s&rsquo;agit probablement d&rsquo;une traduction textuelle du malayalam parce que ce concept est inconnu. Il \u00e9crit qu&rsquo;elle \u00e9tait <em>\u00ab\u00a0une voyageuse solitaire dans son propre monde\u00a0\u00bb<\/em>. Concernant la folie ou le mysticisme, par honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle, il est difficile de trancher. C&rsquo;est en examinant son comportement sur la dur\u00e9e qu&rsquo;on d\u00e9duira si ce fut de la pure psychose, un r\u00e9el d\u00e9veloppement mystique ou un m\u00e9lange des deux. Le biographe la d\u00e9crit comme <em>\u00ab\u00a0\u00e9tablie dans l&rsquo;oc\u00e9an de l&rsquo;existence et de la f\u00e9licit\u00e9 pure\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0ayant atteint un \u00e9tat parfait de paix de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0reposant \u00e9ternellement dans le Supr\u00eame <\/em>(l&rsquo;Absolu)<em>\u00ab\u00a0<\/em>, <em>\u00ab\u00a0\u00e9tablie dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;Etre pur\u00a0\u00bb<\/em>, entre autres. Quand on \u00e9carte un instant l&rsquo;\u00e9cran magique de cette litanie de qualificatifs sacr\u00e9s qui \u00e9maille le r\u00e9cit et qu&rsquo;on observe de mani\u00e8re plus neutre son comportement tel qu&rsquo;il est repr\u00e9sent\u00e9, il y a lieu de s&rsquo;interroger, voire de s&rsquo;inqui\u00e9ter, sur son \u00e9quilibre. D&rsquo;autant plus que son comportement deviendra encore plus inqui\u00e9tant alors qu&rsquo;elle se d\u00e9connectera toujours plus de la r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span>Quand elle va cueillir des feuilles pour les b\u00eates, elle se voit et voit les enfants qui l&rsquo;accompagnent comme des protagonistes du vivant de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. Tant\u00f4t elle voit K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a marcher \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, tant\u00f4t elle s&rsquo;identifie \u00e0 lui et veut d\u00e9truire toutes les images sacr\u00e9es. Le biographe en rajoute une couche. Il est d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 construire son narratif. Il en conclut qu&rsquo;elle est \u00e9tablie dans un oc\u00e9an de pure conscience et f\u00e9licit\u00e9. <\/span><\/p>\n<p><span>Elle commence \u00e0 manifester la <em>bh\u0101va<\/em> de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a et c&rsquo;est la p\u00e9riode des miracles : il lui faut fid\u00e9liser son public. Elle change l&rsquo;eau en lait, le lait en sucrerie. Quand il y en avait pour cent, il y en avait pour mille. \u00c7a me rappelle quelque chose\u2026 Elle l\u00e9vite allong\u00e9e sur une branchette. Elle avale du camphre br\u00fblant. Bref, il y en avait pour tous les go\u00fbts et \u00e7a faisait son effet puisque les gens commenc\u00e8rent \u00e0 croire en la divinit\u00e9 de Sudhamani, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la divinit\u00e9 de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. Pendant ce temps, elle entendit une voix, celle de dieu bien s\u00fbr, qui lui dit : <em>\u00ab\u00a0Tu es Une avec moi !\u00a0\u00bb<\/em>. Selon le biographe, un astrologue lui confirme qu&rsquo;elle est un Mahatma. Les miracles continuent : elle fait pleuvoir partout sauf \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 les fid\u00e8les se rassemblent, elle embrasse un cobra avec la langue, elle danse sur la plage pour remplir les filets des p\u00eacheurs, elle boit du lait empoisonn\u00e9 qui n&rsquo;a pas d&rsquo;effet sur elle, elle utilise des coquillages comme lampes \u00e0 huile et fait br\u00fbler des m\u00e8ches dedans sans huile toute la nuit. De nombreux d\u00e9tracteurs locaux n&rsquo;ont pas cru aux miracles, mais peu importe. Dans l&rsquo;image d&rsquo;ensemble, c&rsquo;est insignifiant. Pendant la <em>bh\u0101va<\/em> de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a elle annonce \u00e0 son p\u00e8re, entre autres proph\u00e9ties, qu&rsquo;<em>\u00ab\u00a0\u00e0 partir de maintenant, la petite sera pure \u00e0 jamais\u00a0\u00bb<\/em>. (Etrange qu&rsquo;elle en parle \u00e0 son p\u00e8re, dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ce sujet est r\u00e9serv\u00e9 aux femmes.) Traduction de l&rsquo;expression pudibonde : elle n&rsquo;aura plus ses r\u00e8gles. Honn\u00eatement, et alors ! Puis, vu la jeunesse qu&rsquo;elle a v\u00e9cue et ce qui va encore venir, il n&rsquo;est ni surprenant ni magique qu&rsquo;elle soit atteinte d&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e. Mais ici, c&rsquo;est consid\u00e9r\u00e9 comme un signe de saintet\u00e9, pas comme une maladie. A part \u00e7a, comme on a vu au ch. III.4, elle \u00e9tait peut-\u00eatre sans r\u00e8gles un moment, mais alors qu&rsquo;elle retrouva ind\u00e9niablement sa sant\u00e9, ce trait resta un des \u00e9l\u00e9ments fondateurs du mythe.<\/span><\/p>\n<p><span>Sa m\u00e8re la respectait pendant les <em>bh\u0101vas<\/em> de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, mais la pers\u00e9cutait entre les s\u00e9ances. Son p\u00e8re, fid\u00e8le de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, appr\u00e9ciait \u00e9galement ces s\u00e9ances depuis toujours, pendant que son fr\u00e8re la traitait de schizophr\u00e8ne. Sa m\u00e8re lui interdit de s&rsquo;entretenir avec les fid\u00e8les apr\u00e8s les <em>bh\u0101vas<\/em> sous peine de correction violente. Un soir que Sudhamani entendit un voisin s&rsquo;esclaffer devant un ami en disant que les <em>bh\u0101vas<\/em> de cette fille \u00e9taient juste une forme d&rsquo;hyst\u00e9rie et que, pour la calmer, il suffirait de la marier, elle courut se r\u00e9fugier chez elle implorer K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a \u00e0 l&rsquo;aide. Cet incident tend \u00e0 invalider les qualificatifs dithyrambiques de l&rsquo;auteur sur l&rsquo;\u00e9tat spirituel superlatif de l&rsquo;adolescente. Mais les incoh\u00e9rences n&rsquo;ont pas de prise face \u00e0 la croyance.<\/span><\/p>\n<p><span>On s&rsquo;en rend compte trois pages plus loin : Sudhamani, dor\u00e9navant fermement \u00e9tablie dans la conscience de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, et fermement identifi\u00e9e \u00e0 lui, la pratique d\u00e9votionnelle d&rsquo;\u00e9volution vers son dieu \u00e9tait devenue impossible. Lors d&rsquo;une vision de lumi\u00e8re dans laquelle la d\u00e9esse apparut, l&rsquo;adolescente appela : <em>\u00ab\u00a0K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, la M\u00e8re est venue ! Am\u00e8ne-moi \u00e0 elle ! Je veux l&#8217;embrasser !\u00a0\u00bb<\/em> Elle sentit K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a l&rsquo;\u00e9lever dans un autre monde mais la M\u00e8re restait introuvable. C&rsquo;est ainsi que celle qui, rappelons-le, \u00e9tait <em>\u00ab\u00a0\u00e9tablie dans l&rsquo;oc\u00e9an de la f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ayant atteint un \u00e9tat parfait de paix de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0reposant \u00e9ternellement dans l&rsquo;Absolu\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9tablie dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;Etre pur\u00a0\u00bb<\/em> ressenti le besoin intense d&rsquo;adorer la M\u00e8re divine et de s&rsquo;adonner \u00e0 la pratique spirituelle menant \u00e0 sa fusion avec elle, selon le texte, pour r\u00e9aliser le divin sous la forme de la M\u00e8re de l&rsquo;univers. C&rsquo;\u00e9tait donc reparti pour un tour. Seuls les esprits croyants au-del\u00e0 de toute raison et profond\u00e9ment imbib\u00e9s de d\u00e9votion ne verront pas le non-sens de cette histoire. En effet, si l&rsquo;on a r\u00e9alis\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;Absolu, la quintessence du dieu \u00ab\u00a0x\u00a0\u00bb, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;autre chemin \u00e0 parcourir, et plus personne pour d\u00e9sirer parcourir quoi que ce soit, l&rsquo;ego s&rsquo;\u00e9tant immerg\u00e9 dans l&rsquo;Etre supr\u00eame. Le fait qu&rsquo;elle d\u00e9sire recommencer son agonie de la s\u00e9paration envers le dieu \u00ab\u00a0y\u00a0\u00bb, une autre repr\u00e9sentation de l&rsquo;Unique, montre bien qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas arriv\u00e9e \u00e0 destination \u00e0 la base comme veut nous le faire croire la biographie. Par ailleurs, cette tournure des \u00e9v\u00e9nements laisse supposer que l&rsquo;agonie, le d\u00e9chirement, la s\u00e9paration, le sentiment d&rsquo;abandon, la supplication, la vall\u00e9e des larmes est plut\u00f4t ce \u00e0 quoi s&rsquo;identifie l&rsquo;adolescente. En effet, ce qui est d\u00e9crit comme sa nouvelle asc\u00e8se, s&rsquo;av\u00e8rera encore plus d\u00e9vastatrice que la pr\u00e9c\u00e9dente. Elle reprit son passe-temps favori : pleurer, sangloter et implorer en criant. Elle voyait la M\u00e8re en tout et en m\u00eame temps la cherchait constamment partout. Affam\u00e9e affectivement et psychologiquement par le comportement innommable de sa m\u00e8re biologique, elle r\u00e9gressa en s&rsquo;imaginant \u00eatre un b\u00e9b\u00e9 rampant \u00e0 quatre pattes et pleurant \u00e0 la recherche de sa M\u00e8re divine en M\u00e8re Nature (\u00e7a fait beaucoup de m\u00e8res). S&rsquo;imaginant avoir deux ans, elle alla jusqu&rsquo;\u00e0 la voisine qui donnait le sein \u00e0 son nourrisson pour la t\u00e9ter elle-m\u00eame, \u00e0 tel point que la femme allaitante d\u00fb finir par se retirer pour accomplir cette t\u00e2che. Elle ne dormait plus et passait ses nuits, obs\u00e9d\u00e9e par la M\u00e8re de l&rsquo;univers, \u00e0 la supplier. Comme elle le dit elle-m\u00eame : <em>\u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai jamais eu de gourou et ne fut initi\u00e9 par personne ; mon seul mantra \u00e9tait \u00ab\u00a0Maman ! Maman !\u00a0\u00bb <\/em>(Amma, dans le texte). Ahurissant. Coupl\u00e9 \u00e0 sa vision du gourou, \u00e7a laisse pantois.<\/span><\/p>\n<p><span>Le comportement psychotique qu&rsquo;elle avait manifest\u00e9 dans son \u00ab\u00a0asc\u00e8se\u00a0\u00bb de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a se trouve ici d\u00e9cupl\u00e9. On la voit, tomber dans les d\u00e9jections humaines dans la lagune, mordre la d\u00e9esse et lui arracher les cheveux, se saisir du pilon pour battre la d\u00e9esse en ne se rendant pas compte que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 elle-m\u00eame qu&rsquo;elle infligeait ce traitement. On voit bien ici, qu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9gression infantile, elle reproduisit le seul comportement qu&rsquo;elle connaisse dans la relation, ici sous sa forme auto punitive et auto agressive, celui de sa m\u00e8re biologique envers elle, hyst\u00e9rique et violent. Le biographe continue de vouloir nous faire croire son histoire invraisemblable et t\u00e9moigne qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de formes hautement \u00e9volu\u00e9es de la d\u00e9votion au-del\u00e0 de la compr\u00e9hension du commun des mortels. La famille est convaincue qu&rsquo;elle est schizophr\u00e8ne et continue de la maltraiter. Ne pouvant plus le supporter, elle d\u00e9cide pour la deuxi\u00e8me fois de se suicider dans l&rsquo;oc\u00e9an, mais arriv\u00e9e sur place, rentre en transe. Les villageois, qui reconnaissaient sa <em>\u00ab\u00a0splendeur spirituelle et son amour universel\u00a0\u00bb<\/em> (la biographe ne loupe pas une occasion d&rsquo;enfoncer le clou), ont piti\u00e9 de celle qui a travaill\u00e9 si durement pendant si longtemps pour sa famille qui la d\u00e9laisse totalement. Son \u00ab\u00a0asc\u00e8se\u00a0\u00bb est si intense que son corps est extr\u00eamement chaud et elle doit refroidir dans la lagune saum\u00e2tre. De mani\u00e8re impr\u00e9visible, soit elle se roule par terre dans des \u00e9clats de rire, soit elle fond en larmes et hurle. Quand elle chante et appelle, elle perd le contr\u00f4le, crie et se roule par terre, d\u00e9chire ses v\u00eatements, puis se rel\u00e8ve en riant en \u00e9clats et se met \u00e0 courir dans toutes les directions. Parfois les villageois la trouvent dans la boue et la rel\u00e8vent, la lavent et l&rsquo;habillent. On peut sinc\u00e8rement douter ici qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une quelconque asc\u00e8se, mais ne troublons pas le narratif. <\/span><\/p>\n<p><span>On a droit ensuite au chapitre franciscain consacr\u00e9 aux animaux, \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 parler, \u00e0 la comprendre mieux que les humains : il y a la vache qui attend quelle sorte de sa m\u00e9ditation pour lui donner le pis, duquel elle boira directement ; celle qui parcourut six kilom\u00e8tres pour la retrouver et la faire boire. En effet, quand ce sont les humains qui lui donnent du lait chaud, elle le vomit. Et \u00e7a, les vaches, apparemment, le savaient. Les perroquets compatissent et pleurent quand elle pleure ; les buses savent qu&rsquo;elle a besoin de manger et lui d\u00e9posent du poisson qu&rsquo;elle d\u00e9vore tout cru ; le chat du coin fait la circonvolution autour d&rsquo;elle ; le chien lui l\u00e8che le visage pour la sortir de son malaise et pleure avec elle ; la ch\u00e8vre meurt sur son giron etc. Notons au passage que ce que le narrateur veut nous faire passer pour magique, correspond en partie au comportement normal des animaux : les chats qui nous appr\u00e9cient nous tournent autour, les chiens nous r\u00e9veillent, sont en empathie avec nous et nous imitent. etc. Mais Sudhamani surench\u00e9rit : <em>\u00ab\u00a0quand on atteint l&rsquo;\u00e9quanimit\u00e9, m\u00eame les animaux hostiles adoptent un comportement amical en notre pr\u00e9sence.\u00a0\u00bb<\/em> En l&rsquo;occurrence, il ne s&rsquo;agissait pas ici d&rsquo;une enfant abandonn\u00e9e dans la jungle, mais d&rsquo;une jeune fille entour\u00e9e de chiens, de chats et de ch\u00e8vres dans la bassecour de sa maison natale sous la cocoteraie.<\/span><\/p>\n<p><span>Le narrateur trouve une autre occasion de tenter de nous convaincre de <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9tat de r\u00e9alisation de celle qui nageait dans l&rsquo;oc\u00e9an de l&rsquo;amour immortel\u00a0\u00bb<\/em>. En m\u00eame temps, il d\u00e9crit \u00e0 nouveau ses crises incontr\u00f4lables de sanglots et de rires qui ne se dissipaient que quand elle s&rsquo;\u00e9vanouissait. Ne dormant et ne mangeant pas normalement, elle avale parfois du verre, voire ses propres excr\u00e9ments. Dans cet \u00e9tat, d&rsquo;agonie, de d\u00e9chirement, de supplication, de flux incessant de larmes, de suffocation, de d\u00e9sir de suicide, elle v\u00e9cut finalement l&rsquo;apparition de la d\u00e9esse. Dans un chant, qui relate l&rsquo;exp\u00e9rience, elle dit que la lumi\u00e8re divine de la M\u00e8re s&rsquo;immergea en elle et proclame ensuite la V\u00e9rit\u00e9 supr\u00eame (mais assez banale) qu&rsquo;elle obtint directement de Ses l\u00e8vres : <em>\u00ab\u00a0\u00d4 Homme, fond-toi dans ton Soi !\u00a0\u00bb.<\/em> Son chant se termine par le souvenir \u00e9mu des paroles de la M\u00e8re : <em>\u00ab\u00a0Ma ch\u00e9rie, abandonne toutes tes t\u00e2ches et viens \u00e0 moi. Tu seras mienne \u00e0 jamais.\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp; Suite \u00e0 cette exp\u00e9rience merveilleuse qui aurait d\u00fb la combler, le narrateur nous dit qu&rsquo;elle d\u00e9veloppa une aversion intense \u00e0 l&rsquo;encontre du monde visible et se mit \u00e0 creuser des trous dans la terre pour s&rsquo;y cacher. Comme il le dit lui-m\u00eame, ceux qui pensaient d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;elle \u00e9tait folle, en furent dor\u00e9navant totalement convaincus. Le narratif tente de faire croire aux fid\u00e8les que quelqu&rsquo;un qui aurait r\u00e9alis\u00e9 la conscience de Dieu (en K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a), qui se serait fondu dans l&rsquo;Absolu, qui aurait atteint l&rsquo;\u00e9tat de paix \u00e9ternelle de son vivant, aurait d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 nouveau le d\u00e9sir de se fondre dans la conscience de Dieu (en D\u00e9vi), s&rsquo;engageant dans une aspiration profond\u00e9ment psychotique, la lumi\u00e8re de la d\u00e9esse s&rsquo;immergeant finalement en elle et baignant dans la f\u00e9licit\u00e9 de la r\u00e9alisation de Dieu, continue de se comporter de mani\u00e8re psychotique en voulant se cacher sous terre. Il faut effectivement beaucoup de croyance (aveugle) et de d\u00e9votion (sans discernement) pour adh\u00e9rer \u00e0 ce narratif magique et incoh\u00e9rent alors que le bon sens affiche clairement une toute autre r\u00e9alit\u00e9. Malgr\u00e9 sa soi-disant r\u00e9alisation de l&rsquo;Unique en toutes choses, elle trouve toujours la dualit\u00e9 insupportable. Enfin elle a cet appel int\u00e9rieur de servir l&rsquo;humain, non sans vouloir le sauver de l&rsquo;horrible existence terrestre &#8211; sachant que ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;elle a atrocement souffert que ce doive \u00eatre obligatoirement l&rsquo;exp\u00e9rience de chacun, que le monde soit \u00e0 rejeter en bloc et que la seule voie soit de se tourner vers dieu hors du monde. <\/span><\/p>\n<p><span>Fin 1975, elle manifeste sa premi\u00e8re bh\u0101va de D\u00e9vi, six mois apr\u00e8s celle de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. Il d\u00e9crit la bh\u0101va comme \u00ab\u00a0humeur\u00a0\u00bb, mais aussi comme manifestation de son identification intime avec K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a ou D\u00e9vi alors que pour les villageois, il ne s&rsquo;agira ni plus ni moins qu&rsquo;une possession momentan\u00e9e. La mani\u00e8re dont cette transition se produit est particuli\u00e8re. Alors que des fid\u00e8les furent harcel\u00e9s par des villageois pendant la <em>bh\u0101va<\/em> de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, elle se leva dans un \u00e9clat de rire retentissant et, sortie du temple, se transforma en D\u00e9vi en ayant envie, selon ses propres paroles, <em>\u00ab\u00a0de d\u00e9truire les personnes injustes\u00a0\u00bb<\/em>. C&rsquo;est ce que le narrateur appelle (dans la foul\u00e9e !) l&rsquo;incarnation de l&rsquo;amour universel en disant : <em>\u00ab\u00a0Dor\u00e9navant on l&rsquo;appellera la Sainte M\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em>. A nouveau, visiblement, il n&rsquo;y a que lui (et elle) qui ne voie pas ce genre d&rsquo;incoh\u00e9rence : d\u00e9truire, amour&#8230; Mais c&rsquo;est le monde qu&rsquo;elle connait. M\u00eame son \u00ab\u00a0ordre de mission d&rsquo;en haut\u00a0\u00bb ne tient pas la route : elle entend une voix de l&rsquo;int\u00e9rieur qui lui dit entre autres, <em>\u00ab\u00a0Adore-moi dans le c\u0153ur de tous les \u00eatres et soulage-les des souffrances de l&rsquo;existence terrestre !\u00a0\u00bb <\/em>Mais chacun qui a lu quelques pages de philosophie ou de spiritualit\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 entendu dire que 1) l&rsquo;existence terrestre sera toujours source de tribulations et 2) ce n&rsquo;est pas l&rsquo;existence terrestre qui est la source de souffrance mais l&rsquo;attachement, l&rsquo;identification. Mais ces principes de base ne semblent ni clair pour Sudhamani ni pour son biographe, pourtant form\u00e9 en philosophie. (&#8230;)<\/span><\/p>\n<p>On arrive enfin au d\u00e9but de sa mission spirituelle dans le monde lorsqu&rsquo;elle dit que, depuis son exp\u00e9rience de la M\u00e8re divine, elle ne put <em><span>\u00ab\u00a0voir rien d&rsquo;autre comme diff\u00e9rent de mon propre Soi, au sein duquel l&rsquo;univers entier existe comme une minuscule bulle.\u00a0\u00bb<\/span><\/em> Bizarrement, m\u00eame \u00e9tablie dans la r\u00e9alisation de Dieu, dans l&rsquo;Absolu, dans tout ce qu&rsquo;on voudra, elle continue \u00e0 pratiquer l&rsquo;asc\u00e8se spirituelle \u2014 on se demande \u00ab\u00a0qui\u00a0\u00bb pratique, pour \u00ab\u00a0quoi\u00a0\u00bb, qui est rest\u00e9 comme ego, comme individu, pour exprimer ce besoin ? \u2014 pour d\u00e9montrer que toutes les formes de Dieu et de d\u00e9esses sont autant de facettes de la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 non duelle. D\u00e9j\u00e0, elle avait soi-disant r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;absolu en K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a. Arriv\u00e9 l\u00e0, il n&rsquo;y avait en principe nulle part o\u00f9 aller et plus personne pour aller nulle part. Mais il y eu le d\u00e9sir de r\u00e9aliser la D\u00e9vi, et maintenant, de r\u00e9aliser tout le reste. Imaginez quelqu&rsquo;un qui se trouve \u00e0 Meaux et qui ait besoin de se rendre \u00e0 Paris pour une d\u00e9marche administrative. Arriv\u00e9 \u00e0 Paris, il se dit \u00ab\u00a0Tiens, je vais me rendre \u00e0 Paris depuis Melun !\u00a0\u00bb Il se rend \u00e0 Melun et de l\u00e0 prend la route vers Paris. Arriv\u00e9 \u00e0 Paris, il se dit, \u00ab\u00a0Tiens, je vais me rendre \u00e0 Paris depuis Chartres !\u00a0\u00bb Il quitte Paris, se rend \u00e0 Chartres et revient \u00e0 Paris. Et ainsi de suite autant de fois que vous voulez. Si d\u00e8s la premi\u00e8re fois, il s&rsquo;occupe de sa d\u00e9marche administrative et obtient ses documents, que doit-il faire d&rsquo;autre ? Rentrer chez lui \u00e9videmment. \u00c0 mon avis, dans notre cas sp\u00e9cifique, ayant perdu ses documents en route et oubli\u00e9 ses d\u00e9marches, il passe son temps \u00e0 tester si on peut atteindre Paris depuis d&rsquo;autres villes que Meaux. Serait-ce pour montrer que tous les chemins m\u00e8nent \u00e0 Paris ?<\/p>\n<p>Sudhamani et son biographe tentent, malgr\u00e9 le chaos et l&rsquo;incoh\u00e9rence de ses exp\u00e9riences, par tous les moyens de marteler une r\u00e9alisation supr\u00eame qui ne correspond visiblement pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Il est ind\u00e9niable que Sudhamani eut \u00ab\u00a0des exp\u00e9riences\u00a0\u00bb spirituelles, mais en toute modestie, quoi qu&rsquo;elle en dise et quoi que son biographe pr\u00e9tende, elle ne semble jamais \u00eatre arriv\u00e9e au bout de son chemin. On le comprendra d&rsquo;ailleurs \u00e0 la suite de son histoire. Alors que l&rsquo;Inde est un berceau de philosophies pratiques d&rsquo;une richesse in\u00e9gal\u00e9e permettant justement de d\u00e9terminer \u00e0 quel stade de l&rsquo;\u00e9volution spirituelle on se trouve, o\u00f9 se trouve celui que nous souhaiterions suivre comme ma\u00eetre, on ne peut pas pr\u00e9tendre ainsi n&rsquo;importe quoi. On a franchement l&rsquo;impression d&rsquo;un narratif construit. Malheureusement c&rsquo;est le cas de la plupart des gourous indiens ou <em><span>indianisants<\/span><\/em> : une ou quelques exp\u00e9riences marquantes d&rsquo;un aspirant sans doute sinc\u00e8re et intens\u00e9ment d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 sa pratique, puis un narratif construit autour. Bref, son fr\u00e8re en a franchement assez de ses frasques mystico-d\u00e9lirantes. Il l&rsquo;attire dans la maison d&rsquo;un voisin o\u00f9 elle se retrouve entour\u00e9e de gar\u00e7ons qui la menacent au couteau et qui veulent la tuer. Dans le plus pur style th\u00e9\u00e2tral populaire, celui qui brandit le couteau, quand il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 la frapper \u00e0 la poitrine, s&rsquo;\u00e9croule de douleur avant m\u00eame de l&rsquo;avoir touch\u00e9e. Sa m\u00e8re vient la chercher et sur le chemin du retour, pour la troisi\u00e8me fois, Sudhamani, notre \u00c2me R\u00e9alis\u00e9e dans laquelle l&rsquo;ego n&rsquo;est m\u00eame plus un souvenir, veut se suicider dans la mer. Comprenne qui pourra. Sa m\u00e8re devient hyst\u00e9rique et arrive \u00e0 l&rsquo;en dissuader. En attendant, le cousin l&rsquo;ayant menac\u00e9 se retrouve \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et Sudhamani lui rend visite. Elle lui explique qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas de sentiments de vengeance mais que les \u00eatres subtils autour d&rsquo;elle sont en col\u00e8re et se vengeront pour elle. Il meurt myst\u00e9rieusement en vomissant son sang. Nous verrons dans son histoire que ce genre de ph\u00e9nom\u00e8ne est rapport\u00e9 \u00e0 maintes reprises \u2013 quelle meilleure fa\u00e7on d\u2019inculquer la peur et la soumission \u00e0 ses fid\u00e8les ! Ce n&rsquo;est jamais elle qui se venge et punit. Elle reste blanche comme neige : ce sont toujours des tiers qui font la sale besogne \u00e0 sa place. Contrairement aux \u00eatres subtils de la biographie, de nos jours, ce sont des \u00eatres humains qui s&rsquo;en occupent.<\/p>\n<p>Profond\u00e9ment d\u00e9rang\u00e9 par le ph\u00e9nom\u00e8ne des <em><span>bh\u0101vas<\/span><\/em> et la foule des fid\u00e8les trois fois par semaine dans la cour de sa maison, son p\u00e8re vient la voir pendant la <em><span>bh\u0101va<\/span><\/em> de D\u00e9vi et demande \u00e0 la d\u00e9esse de lui rendre sa fille. En r\u00e9ponse, celle-ci s&rsquo;\u00e9croule devant lui sans vie. En tout \u00e9tat de cause, elle est morte et le narrateur dit que son corps se raidit en quelques instants. Autre occasion pour un peu de discours magique car dans le monde r\u00e9el et ennuyeux, la <em><span>rigor mortis<\/span><\/em> ne commence \u00e0 intervenir qu&rsquo;\u00e0 partir de trois heures apr\u00e8s la mort et atteint son maximum environ neuf heures plus tard. Mais vu qu&rsquo;il s&rsquo;agit probablement de contes et l\u00e9gendes, la r\u00e9alit\u00e9 importe peu. Le pater familias s&rsquo;excuse, pleure, prie, s&rsquo;\u00e9vanouit de d\u00e9tresse et sa fille revient \u00e0 la vie\u2026 en K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a : <em><span>\u00ab\u00a0sans Shakti il ne peut pas y avoir de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a !\u00a0\u00bb<\/span><\/em>, dit-elle&nbsp;\u2013 quoi que cette pseudo sagesse signifie.<\/p>\n<p>Dans le chapitre 9, on apprend que <em><span>\u00ab\u00a0la plus grande arme de l&rsquo;aspirant spirituel est le sabre de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb<\/span><\/em>. On en prend bonne note ici parce qu&rsquo;on en aura besoin pour plus tard. Le narrateur continue dans sa logique et associe Sudhamani \u00e0 K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, R\u0101ma, J\u00e9sus et Bouddha. Pourquoi pas ? \u00c7a ne co\u00fbte rien d&rsquo;essayer. Nous sommes en 1978. Son farouche opposant de fr\u00e8re est de plus en plus d\u00e9prim\u00e9 et suicidaire : il a la goutte. Le narratif la fait dire \u00e0 sa m\u00e8re que son fr\u00e8re n&rsquo;en a plus pour tr\u00e8s longtemps. Un jour, il harc\u00e8le et insulte violemment une d\u00e9vote musulmane, qui vient pour le darshan. Celle-ci, profond\u00e9ment choqu\u00e9e, vient devant la D\u00e9vi pendant le darshan en pleurant. Le sang de Sudhamani ne fait qu&rsquo;un tour, la D\u00e9vi se l\u00e8ve de son si\u00e8ge et maudit : <em><span>\u00ab\u00a0Celui qui t&rsquo;a caus\u00e9 cette souffrance mourra dans les sept jours !\u00a0\u00bb<\/span><\/em> En l&rsquo;occurrence, vous aurez du mal \u00e0 trouver des Mahatmas en Inde qui maudissent et tuent par leur mal\u00e9diction \u2013 et, directement ou indirectement, ce genre d&rsquo;\u00e9v\u00e8nement malheureux se r\u00e9p\u00e8te. Mais comme le dira le biographe plus tard : <em><span>\u00ab\u00a0dans l&rsquo;histoire spirituelle de l&rsquo;Inde, elle est in\u00e9gal\u00e9e\u00a0\u00bb. <\/span><\/em>Notre M\u00e8re de la compassion infinie et de l&rsquo;amour incarn\u00e9, pr\u00e9cise qu&rsquo;elle ne punit personne, mais que quand ses fid\u00e8les souffrent, m\u00eame Dieu ne pardonne pas leurs agresseurs, chacun devant <em><span>profiter<\/span><\/em> du fruit de ses actions. Quoi qu&rsquo;elle en dise, c&rsquo;est bien elle qui l&rsquo;a maudit. Le fr\u00e8re a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu de la pr\u00e9diction (le narrateur aurait d\u00fb dire, de la mal\u00e9diction) et il finit par se suicider par pendaison. Une autre th\u00e9orie, inofficielle, circule sur la mort de son fr\u00e8re, que j&rsquo;aborderai en fin de chapitre. Elle pr\u00e9dit de mani\u00e8re inv\u00e9rifiable qu&rsquo;il va se r\u00e9incarner dans quelques ann\u00e9es dans un gar\u00e7on du voisinage, ce qui rass\u00e9r\u00e9nera ses parents. Vient ensuite \u00e9videmment le narratif magique que, d\u00e8s sa naissance, l&rsquo;enfant r\u00e9p\u00e9tait la syllabe sacr\u00e9e OM et m\u00e9ditait.<\/p>\n<p>Tout le long de son histoire publique, Sudhamani fut constamment harcel\u00e9e par des voisins, dits rationalistes et m\u00e9cr\u00e9ants, qui n&rsquo;avaient de cesse de vouloir r\u00e9v\u00e9ler ce qu&rsquo;ils consid\u00e9raient \u00eatre une supercherie. On apprend qu&rsquo;elle dansa sur des \u00e9pines r\u00e9pandues par eux et sur du verre cass\u00e9, sans cons\u00e9quences. Visiblement, on n&rsquo;en avait pas encore fini avec les miracles. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs int\u00e9ressant de noter que les rationalistes sont d\u00e9crits comme ignorants, impolis, injustes, m\u00e9cr\u00e9ants et mauvais. \u00c9galement remarquable est la vive discrimination \u00e0 l&rsquo;encontre des non-croyants. Comme si c&rsquo;\u00e9tait criminel ou mal\u00e9fique de ne pas croire en elle. Finalement le narrateur remarque que les rationalistes essaient de lui mettre des b\u00e2tons dans les roues en tentant d&rsquo;influencer la police et les politiciens. On notera que Sudhamani et l&rsquo;organisation, surent s&rsquo;inspirer plus tard \u00e0 leur avantage de cet exemple fort instructif et utile et le magnifier dans des proportions in\u00e9gal\u00e9es.<\/p>\n<p>Le narratif l&rsquo;\u00e9tablit dans un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 d&rsquo;\u00e2me parfaite. Sa vie d\u00e9montrerait que la r\u00e9alisation de dieu peut avoir lieu m\u00eame dans les circonstances les plus difficiles. Dans une de ces citations, elle dit d&rsquo;elle-m\u00eame <em><span>\u00ab\u00a0Sachez que M\u00e8re est Omnipr\u00e9sente, Une avec tous, plus proche de vous que vos propres m\u00e8res biologiques et d\u00e9sireuse de vous accompagner pour que vous puissiez jouir de la f\u00e9licit\u00e9 dans toutes vos vies futures.\u00a0\u00bb<\/span><\/em> Le probl\u00e8me du d\u00e9lire de toute-puissance, c&rsquo;est non seulement de faire croire aux gens qu&rsquo;on est quelque chose ou quelqu&rsquo;un qu&rsquo;on n&rsquo;est pas, et de risquer de leur faire gaspiller leur vie, leur \u00e9nergie, leur argent, leur famille, leur carri\u00e8re, entre autres, mais aussi le fait qu&rsquo;il est bas\u00e9 sur de l&rsquo;ignorance. En effet, l&rsquo;\u00e2me qui aurait atteint la f\u00e9licit\u00e9 est une \u00e2me lib\u00e9r\u00e9e dont l&rsquo;identification avec l&rsquo;ego est rompue \u00e0 jamais, et qui ne sera donc pas r\u00e9incarn\u00e9e, car il n&rsquo;y a plus de karma \u00e0 r\u00e9aliser puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus personne qui s&rsquo;y identifie. Donc forc\u00e9ment, la f\u00e9licit\u00e9 ne sera exp\u00e9riment\u00e9e qu&rsquo;une seule fois, dans la vie o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 atteinte.<span> A part cela, je ne sais pas si les m\u00e8res appr\u00e9cieront le jugement n\u00e9gatif radical.<\/span><\/p>\n<p>Dans le chapitre 10, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La m\u00e8re de la f\u00e9licit\u00e9 immortelle\u00a0\u00bb, page 177, il fait appara\u00eetre, un de ses premiers disciples, Chandru, dont il tait le nom, comme \u00ab\u00a0\u00e9tudiant universitaire\u00a0\u00bb. C&rsquo;est bien dommage parce que ce personnage a \u00e9t\u00e9 important : c&rsquo;est lui qui, venant \u00e0 Tiruvannamala\u00ef, a d\u00e9couvert ses premiers disciples occidentaux, l&rsquo;am\u00e9ricain Nealu, l&rsquo;Australienne Gayatri et les Fran\u00e7ais Madhu et Ganga. Chandru est non seulement celui qui vint nous chercher mais aussi celui qui nous enseigna la r\u00e9citation et l&rsquo;interpr\u00e9tation des textes sacr\u00e9s. Il fut \u00e9galement celui qui me transmit l&rsquo;initiation au <em><span>brahmacharyam<\/span><\/em> (sorte de noviciat sacerdotal) au nom d&rsquo;A.. Il a jou\u00e9 un r\u00f4le important et crucial dans les origines de l&rsquo;organisation pour se retrouver finalement presque retir\u00e9 de la biographie. C&rsquo;est ainsi que fonctionne cette institution.<\/p>\n<p>Le biographe pr\u00e9tend que, nous quatre, lui avions offert notre fortune, en toute d\u00e9votion, pr\u00e9cise-t-il, mais qu&rsquo;elle la refusa consid\u00e9rant que notre \u00e9volution spirituelle \u00e9tait sa seule richesse. En fait ce qu&rsquo;il ne pr\u00e9cise pas, c&rsquo;est que sur les quatre, trois \u00e9taient sans le sou et vivaient quasiment d&rsquo;aum\u00f4ne. Mais bon, vu de la cocoteraie, c&rsquo;est probablement le mythe de la peau blanche et de la fortune.<\/p>\n<p><span>Je ne me retrouve mentionn\u00e9 dans cette biographie qu&rsquo;une seule fois, \u00e0 part la premi\u00e8re fois lorsque Chandru nous rencontra, au gr\u00e9 d&rsquo;une anecdote peu flatteuse, toujours dans le chapitre 10, page 183. L&rsquo;histoire d&rsquo;ailleurs n&rsquo;est pas rapport\u00e9e de mani\u00e8re fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Concernant la voie de la d\u00e9votion, je n&rsquo;\u00e9tais pas venu vierge. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 fait mes premi\u00e8res exp\u00e9riences pendant quelques ann\u00e9es \u00e0 Tiruvannamala\u00ef o\u00f9 je m&rsquo;inspirais de la d\u00e9votion du sage Ramana Maharshi. J&rsquo;avais traduit en anglais la guirlande nuptiale de lettres, depuis l&rsquo;original en tamoul, dans le m\u00eame pied, afin qu&rsquo;elle puisse \u00eatre chant\u00e9e indiff\u00e9remment en tamoul et en anglais, ce que je faisais r\u00e9guli\u00e8rement lors de la circonvolution pieds nus autour de la montagne sur quatorze km, entour\u00e9 d&rsquo;autres bhaktas. J&rsquo;\u00e9tudiais la vie de mystiques comme le Paramahamsa R\u0101mak\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, le saint du Bengale et les saints bhaktas du Tamilnadu entre autres. Je me souviens d&rsquo;avoir accompagn\u00e9 des bhaktas inspir\u00e9s et inspirants adorateurs de Muruga, justement ensemble avec Madhu, qui s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s quelques jours lors de leur p\u00e8lerinage, leur exemple nous ayant profond\u00e9ment touch\u00e9. Ceci dit, dans le cadre de cette biographie, mainte fois remani\u00e9e en fonction des besoins politiques, \u00e9tant de toute fa\u00e7on une construction artificielle et un narratif truff\u00e9 d&rsquo;inexactitudes et de bondieuseries insupportables, le fait que je ne sois pas correctement repr\u00e9sent\u00e9 est sans importance. Disons que cela m&rsquo;absout de toute complaisance et cl\u00e9mence dans ma pr\u00e9sente appr\u00e9ciation critique.<\/span><\/p>\n<p><span>Ni Gayatri ni moi ne trouvons gr\u00e2ce dans cette biographie, c&rsquo;est quand m\u00eame le comble ! Et franchement totalement ridicule. Gayatri s&rsquo;est occup\u00e9e de r\u00e9tablir sa version de l&rsquo;histoire, et pour ma part, c&rsquo;est ce que je fais en partie dans cet ouvrage. Quand on r\u00e9\u00e9crit l&rsquo;histoire, on l&rsquo;\u00e9mascule de ses vertus p\u00e9dagogiques et on en fait un outil de propagande. En fait, en bref, si j&rsquo;ai quasiment disparu du paysage historique, c&rsquo;est parce que j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas devenir un mensonge cl\u00e9rical, comme la plupart des anciens que j&rsquo;ai laiss\u00e9s derri\u00e8re le sont devenus. C&rsquo;est parce que j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de vivre de mani\u00e8re humble, juste et honn\u00eate, en rapport avec qui j&rsquo;\u00e9tais, sans complaisance, sans me raconter d&rsquo;histoire et sans en raconter aux autres. Et qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;ai donc fait qui a d\u00e9plu \u00e0 l&rsquo;organisation ? Rien, sinon \u00eatre honn\u00eate et partir. Mais cela leur suffit comme offense. Je fus donc accus\u00e9 sous de faux pr\u00e9textes afin de me faire taire \u00e0 l&rsquo;avance. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 de mon r\u00e9seau et donc efficacement ostracis\u00e9. (&#8230;)<\/span><\/p>\n<p><span>Toujours dans le chapitre 10, page 188, A. donne des conseils \u00e0 ses aspirants de ne pas prendre part \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies de mariage ou d&rsquo;enterrement. Parce que dit-elle, <em>\u00ab\u00a0les vibrations des pr\u00e9occupations du monde p\u00e9n\u00e9treront l&rsquo;esprit de l&rsquo;aspirant malgr\u00e9 lui, il s&rsquo;agitera et d\u00e9sirera des choses irr\u00e9elles <\/em>(\u00e9ph\u00e9m\u00e8res, futiles)<em>\u00ab\u00a0<\/em>. Ce n&rsquo;est pas faux. En m\u00eame temps, ce serait trop long de rentrer dans le d\u00e9tail de ce lamentable malentendu parce que sa philosophie de vie est bas\u00e9e sur le rejet du monde, sur le rejet des exp\u00e9riences terrestres, sur l&rsquo;inconcevable de la beaut\u00e9 et du sacr\u00e9 dans la vie terrestre, sur l&rsquo;inimaginable de la vie terrestre comme autre moyen efficace d&rsquo;\u00e9voluer spirituellement, a contrario du renoncement. Vu ses exp\u00e9riences d\u00e9sastreuses dans sa jeunesse, elle pense que le monde est simplement tel qu&rsquo;elle l&rsquo;a v\u00e9cu.<\/span><\/p>\n<p><span>Toujours au chapitre 10, page 192, il est question d&rsquo;une \u00e9cole de v\u00e9d\u00e2nta (Vedanta Vidyalaya) qui aurait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1982 pour transmettre la connaissance de la philosophie et du sanscrit. Honn\u00eatement, en 1982 j&rsquo;y \u00e9tais en permanence, on \u00e9tait entre nous en relativement petit comit\u00e9, et je n&rsquo;ai jamais entendu parler d&rsquo;une telle \u00e9cole. Deux professeurs \u00e9taient venus, un de philosophie et l&rsquo;autre de sanscrit, ce dernier ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9galement le professeur de yoga particulier de l&rsquo;un d&rsquo;entre nous. Mais ils \u00e9taient assez ennuyeux. Puis ils furent remplac\u00e9s avec brio et \u00e0 notre grand plaisir par notre fr\u00e8re Chandru qui revint de la Chinmaya Mission. Pour ses cours, on s&rsquo;asseyait initialement sur la v\u00e9randa du mini temple d&rsquo;origine. Ensuite, on utilisait un nouveau hall qui servait aussi \u00e0 plein d&rsquo;autres choses et on repartait vaquer \u00e0 nos occupations. Pas vu passer de \u00ab\u00a0Vedanta Vidyalaya\u00a0\u00bb. Mais c&rsquo;est peut-\u00eatre le style du narrateur, de gonfler les moindres d\u00e9tails pour produire un r\u00e9cit glorieux et plus valorisant.<\/span><\/p>\n<p><span>Le narrateur parle de changement \u00e0 l&rsquo;ashram et du nombre de visiteurs en augmentation constante. Il \u00e9voque les parents d&rsquo;A. de mani\u00e8re assez r\u00e9voltante en osant dire qu&rsquo;ils \u00e9taient devenus une famille m\u00e9ritante et exemplaire, qui jouait son r\u00f4le de p\u00e8re et de m\u00e8re envers tous les aspirants qui r\u00e9sidaient \u00e0 l&rsquo;ashram, les consid\u00e9rant comme ses propres enfants. Je dis r\u00e9voltant car il les absout un peu trop facilement du comportement criminel qu&rsquo;ils ont eu sur la dur\u00e9e avec leur fille et qui a fait d&rsquo;elle ce qu&rsquo;elle est, ce que nous essayons de d\u00e9crypter ici. R\u00e9voltant \u00e9galement parce que, c&rsquo;est un des derniers \u00e9l\u00e9ments de ce r\u00e9cit construit dans laquelle il s&rsquo;efforce inexorablement de faire appara\u00eetre des gens aux yeux du monde pour ce qu&rsquo;ils ne sont pas.<\/span><\/p>\n<p><span>Un pieux mensonge suppl\u00e9mentaire concerne les premi\u00e8res visites en Occident. Il \u00e9crit qu&rsquo;en r\u00e9ponse aux demandes r\u00e9it\u00e9r\u00e9es de ses enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, la sainte M\u00e8re effectua sa premi\u00e8re tourn\u00e9e mondiale en 1987. L&rsquo;impact fut merveilleux, dit-il, et \u00e0 grande \u00e9chelle. D\u00e9sol\u00e9, mais la r\u00e9alit\u00e9 c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y avait PAS \u00ab\u00a0d&rsquo;enfants\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. C&rsquo;est elle qui nous a encourag\u00e9 \u00e0 nous exiler \u2014 dans mon cas, d\u00e9j\u00e0 en 1984 \u2014 \u00e0 retourner dans nos pays d&rsquo;origine afin de la faire conna\u00eetre pour trouver et fid\u00e9liser de futurs fid\u00e8les et les encourager \u00e0 payer son voyage, son s\u00e9jour et \u00e0 couvrir les d\u00e9penses de son groupe. Pour lancer son premier tour du monde, sa d\u00e9marche \u00e9tait si pros\u00e9lyte que cela me rendait mal \u00e0 l&rsquo;aise. J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 adopter un profil bas et les laisser s&rsquo;exciter entre eux avec ce projet. Justement ce fut Chandru, le grand absent de la biographie (cit\u00e9 quand m\u00eame 44 fois dans le livre de Gail), qui partit avec Nealu et une d\u00e9vote am\u00e9ricaine, Kusuma, pour aller \u00e0 la p\u00eache aux fid\u00e8les. Quant \u00e0 l&rsquo;impact \u00e0 grande \u00e9chelle, pour la plupart des programmes, il y avait environ une quarantaine de participants. De ce fait, les salons-salles \u00e0 manger des appartements dans lequel nous \u00e9tions h\u00e9berg\u00e9s suffisaient pour les programmes. Il suffisait d&rsquo;y repousser les meubles. Voil\u00e0, c&rsquo;est nettement moins glamour, mais \u00e7a a le m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre vrai. <\/span><\/p>\n<p><span>Peu apr\u00e8s dans le r\u00e9cit, A. explique comment un \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 (elle s&rsquo;inclut dans l&rsquo;histoire) voit le monde et les \u00eatres qui les entourent et elle termine ainsi : <em>\u00ab\u00a0De la m\u00eame mani\u00e8re, mes enfants, seulement une fois que vous \u00eates vous-m\u00eame devenus moralement et spirituellement parfaits et que vous voyez le divin en tout, pourrez-vous enseigner aux autres \u00e0 devenir semblables\u00a0\u00bb<\/em>. Notons \u00e0 nouveau cette citation particuli\u00e8rement pertinente dans le cadre de ce t\u00e9moignage. (&#8230;)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">Dans le chapitre 11 sur la signification des <em>bh\u0101vas<\/em> divines, le narrateur, disons-le ouvertement, essaie de nous faire accepter le fait que Sudhamani est un <em>avatar<\/em>. Il d\u00e9crit trois cat\u00e9gories d&rsquo;avatars, <em>p\u016br\u1e47a<\/em>, <em>amsa<\/em> et <em>\u0101ve\u015bha<\/em>, soit plein, partiel et circonstanciel, donne des exemples de la mythologie. On entend parler de <\/span><span style=\"font-size: 14px;\">Vi\u1e63h\u1e47ou<\/span><span style=\"font-size: 14px;\">, de Narasimha, de R\u0101ma, de Parasur\u0101ma, de K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a, de Hanum\u0101n entre autres. Classiquement, les avatars sont des dieux sous d&rsquo;autres formes, comme K\u1e5bi\u1e63h\u1e47a ou R\u0101ma des avatars de Vi\u1e63h\u1e47ou. La course des gourous contemporains pour l'\u00a0\u00bbavataritude\u00a0\u00bb est ridicule. En derni\u00e8re analyse, comme le disait Rama\u1e47a Maharshi, d&rsquo;une part, nous serions tous des avatars et d&rsquo;autre part, dans la voie de la connaissance, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;avatar mais juste Le R\u00e9el. Le concept d&rsquo;avatar est pouranique, pas v\u00e9dique. Or dans les Pur\u0101\u1e47as, tout est possible. Bref, dans le narratif, \u00e9videmment subtilement l&rsquo;association est faite avec Sudhamani. Sa p\u00e9roraison de cinq pages ne trouve pas de conclusion : on ne saura pas dans quelle cat\u00e9gorie il classe sa m\u00e8re divine. Mais ce qui restera comme impression c&rsquo;est qu&rsquo;elle est un avatar de dieu. C&rsquo;est probablement l&rsquo;effet voulu. D&rsquo;ailleurs, son avatar, en expliquant les bh\u0101vas s&rsquo;exprime ainsi : <em>\u00ab\u00a0M\u00e8re ne manifeste m\u00eame pas une partie infinit\u00e9simale de son pouvoir spirituel pendant les bh\u0101vas. Si elle le manifestait telle qu&rsquo;il est, personne ne pourrait s&rsquo;approcher.\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp; Son fils, le narrateur, rench\u00e9rit en disant que les <em>bh\u0101vas<\/em> sont au-del\u00e0 de la port\u00e9e de l&rsquo;intelligence humaine et qu&rsquo;elles expriment le pouvoir spirituel infini de la M\u00e8re. Il explique que c&rsquo;est la mani\u00e8re pour la sainte M\u00e8re de servir \u00ab\u00a0l&rsquo;humanit\u00e9 plong\u00e9e dans le bourbier du terrestre\u00a0\u00bb. Le bourbier terrestre\u2026 J&rsquo;esp\u00e8re que vous appr\u00e9ciez le jugement \u2013 sans compter l&rsquo;hypocrisie, quand croquer la pomme dans le secret fait partie de l&#8217;emploi du temps. En fin de compte, l&rsquo;essentiel c&rsquo;est bien qui nous sommes, nous, pas le nombre de galons et m\u00e9dailles \u00e9pingl\u00e9es aux \u00e9paules du gourou.<\/span><\/p>\n<p><span>Toujours dans l&rsquo;explication de la signification des bh\u0101vas, on lit qu&rsquo;ils sont l&rsquo;expression de son union ininterrompue avec le Supr\u00eame et que cette grande \u00e2me poss\u00e8de un pouvoir spirituel inexplicable. Elle est tout ce que les gens peuvent s&rsquo;imaginer qu&rsquo;elle est. Le biographe promeut la gloire de sa sainte M\u00e8re et de ses pouvoirs psychiques. En se mettant dans la peau d&rsquo;un fid\u00e8le croyant, il \u00e9num\u00e8re ses qualit\u00e9s glorieuses dans un long passage : (\u2026)<\/span><\/p>\n<p>Elle reprend le narratif et dit qu&rsquo;un satguru (ma\u00eetre parfait) <em><span>\u00ab\u00a0aime simplement son disciple et le ligotera par son amour inconditionnel<\/span><\/em>. <em><span>(\u2026) La M\u00e8re n&rsquo;attend rien d&rsquo;autre que votre progr\u00e8s spirituel.\u00a0\u00bb <\/span><\/em>Vous noterez l&rsquo;association : M\u00e8re (Amma) \/ satguru. <span>Le biographe pr\u00e9cise par ailleurs qu&rsquo;elle instruit tout en donnant l&rsquo;exemple par ses actions. Autre phrase tr\u00e8s importante dans le cadre de ce t\u00e9moignage.<\/span><\/p>\n<p>Lors d&rsquo;un dialogue elle parle des <em><span>\u00ab\u00a0worldly persons\u00a0\u00bb<\/span><\/em>, expression intraduisible de personnes qui vivent dans le monde, qui ont une famille, qui doivent travailler, en d&rsquo;autres mots, tout sauf des moines renon\u00e7ants. Ce qu&rsquo;elle dit est discriminatoire et condescendant, mais elle le dit avec conviction et amour, probablement aussi : <em><span>\u00ab\u00a0Mes enfants, en ce qui concerne les personnes du monde, il leur suffit de s&rsquo;occuper de leurs conjoints et de leurs enfants. Mais, un vrai moine, pour sa part, doit porter sur ses \u00e9paules la charge du monde entier.\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/p>\n<p>Le biographe termine son narratif en disant que, <em><span>\u00ab\u00a0dans l&rsquo;histoire spirituelle de l&rsquo;Inde, elle est in\u00e9gal\u00e9e et sans pareille dans la manifestation sans limites de la gr\u00e2ce et de la compassion pour l&rsquo;humanit\u00e9 errante. Puisse sa vie divine guider ceux qui aspirent \u00e0 r\u00e9aliser la paix supr\u00eame et la f\u00e9licit\u00e9 de la r\u00e9alisation du Soi.\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/p>\n<p>Ce qui est troublant dans cette biographie est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et le besoin imp\u00e9rieux que semble exprimer l&rsquo;auteur de placer son ma\u00eetre, sa M\u00e8re, envers et contre tout, parfois contre toute logique, sur son pi\u00e9destal hagiographique. Obs\u00e9d\u00e9 par le mart\u00e8lement de son pr\u00e9tendu statut, les probl\u00e8mes de coh\u00e9rence dans la logique de sa d\u00e9marche semblent lui \u00e9chapper. Quel pourrait \u00eatre son int\u00e9r\u00eat ? La cod\u00e9pendance qui se d\u00e9gage de cette interaction est int\u00e9ressante. Car le biographe est \u00e9galement celui qui r\u00e9dige ses \u00ab\u00a0enseignements\u00a0\u00bb. M\u00eame si le travail d&rsquo;A. est ind\u00e9niable, le r\u00f4le de son second dans l&rsquo;organisation reste remarquable : pour parler simplement, on a l&rsquo;impression que c&rsquo;est Balu qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire de sa M\u00e8re ce qu&rsquo;elle est. Et d&rsquo;ailleurs, elle le lui rend bien. Dans la section des <em><span>\u00ab\u00a0Exp\u00e9riences des aspirants spirituels\u00a0\u00bb<\/span><\/em>, au chapitre 12, page 209 de la biographie \u2014 section qui semble avoir \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e des versions ult\u00e9rieures \u2014 le biographe profite du narratif pour se faire une petite place au soleil, \u00e0 toutes fins utiles, en racontant une anecdote dont je vous cite un extrait ici : \u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir chant\u00e9, je p\u00e9n\u00e9trais le sanctuaire avec cette r\u00e9solution : <em><span>M\u00e8re, si je suis ton enfant, s&rsquo;il te pla\u00eet accepte moi !<\/span><\/em> Pla\u00e7ant ma t\u00eate sur son \u00e9paule, M\u00e8re me r\u00e9pondit affectueusement : <em><span>Fils, quand m\u00e8re t&rsquo;entendit chanter, elle comprit que cette voix-l\u00e0 est vou\u00e9e \u00e0 fusionner en Dieu. \u00c0 ce moment-l\u00e0, M\u00e8re vint \u00e0 toi et te rendit Un avec elle. Tu es v\u00e9ritablement Mien !<\/span><\/em>\u00a0\u00bb Ces services mutuels rendus, cette cod\u00e9pendance, relativisent \u00e9videmment la port\u00e9e du message dans son ensemble.<\/p>\n<blockquote><p><em>En deuxi\u00e8me partie de cette relecture, j&rsquo;inclurai quelques \u00e9l\u00e9ments biographiques annexes, des extraits de l&rsquo;\u00e9tude clinique du psychiatre et moine sanny\u0101sin, le Dr Jacques Vigne, quelques observations sur la bhakti et mes conclusions et r\u00e9flexions g\u00e9n\u00e9rales. (Dans le texte int\u00e9gral du livre).<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Relecture critique de la biograhie Version PDF dans la page d&rsquo;archives Extraits Il est important de comprendre sur quelle fondation repose l&rsquo;ensemble : le personnage, le message, l&rsquo;organisation, la mission et si et quand il y a glissement ou superposition ou encore flou entre r\u00e9alit\u00e9 et mythe. J&rsquo;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab\u00a0lire\u00a0\u00bb la biographie. 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